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Famille - Naissance
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Biographie
Alfred de Vigny est né à Loches le 22 mars 1797 de deux familles nobles, militaires et ruinées.  Du côté maternel, une lointaine ascendance piémontaise : Emmanuel Baraudini, anobli par le duc de  Savoie, puis, après son installation en France, naturalisé et confirmé noble par François Ier, et ainsi devenu de  Baraudin, occupe, entre autres fonctions, celle d’élu à Loches. Depuis le début du XVIIIe siècle, certains de ses  descendants, cousins des ancêtres directs de Vigny, se succèdent dans la charge de lieutenant de roi (suppléance  de celle de gouverneur) du château de Loches, qui joue un rôle de prison. D’autres membres de la famille sont  devenus marins, l’un d’eux lié par alliance à Bougainville : «  Race de tritons », a-t-on écrit.  Les Vigny, d’origine parisienne, se sont, du fait de leurs alliances, installés au XVIIe siècle en Beauce,  où ils possèdent de vastes domaines. Ils y maintiennent un certain faste féodal. Le grand-père d’Alfred a douze  enfants ; les guerres et la Révolution en laissent peu. Quant à la fortune, elle va se trouver fort réduite. Le père  de Vigny, Léon-Pierre, cadet voué à la prêtrise, étudie d’abord au séminaire de Saint-Sulpice, puis choisit de  servir dans l’infanterie ; il est gravement blessé au siège de Munster.  Pierre Flottes a écrit que, dès avant sa naissance, Alfred de Vigny dut sentir peser sur lui l’ombre d’une  prison ; il pensait aux malheurs des Baraudin sous la Terreur : en tant que père d’un émigré (Louis, fusillé à  Quiberon en 1795), Didier de Baraudin est incarcéré en cette même citadelle dont sa famille a charge, malgré  son âge et ses beaux services dans la marine, et bien qu’il ait généreusement proposé, dès mars 1789, de  renoncer aux privilèges de la noblesse. Or, on ignorait jusqu’en 1964 la dramatique découverte que j’ai eu  l’occasion de faire : en 1782, pendant la guerre d’Indépendance américaine, un frère de Léon-Pierre de Vigny,  Joseph-Pierre, honorable officier de marine, a eu le malheur d’être attaqué sur sa frégate l’Hébé par un vaisseau  anglais d’un type nouveau et surarmé, le Rainbow. L’accès à terre étant coupé, la frégate démâtée, l’officier en  second blessé à mort, l’équipage peu sûr, le capitaine Joseph-Pierre de Vigny a choisi de se rendre pour, dit-il, «  ne pas perdre tout au moins son monde ». Après un long conseil de guerre, il est incarcéré à la forteresse de  Loches. Mais, protégé de loin par l’amitié des amiraux de Guichen et d’Orvilliers, il est libéré dès 1785.  Assurément, il a gagné l’estime de son « geôlier », M. de Boislambert, beau-frère d’un Baraudin, dont il  a pris la succession, puisqu’à la suite des visites affectueuses de Léon-Pierre à Joseph-Pierre de Vigny, on voit  en 1790 cet étonnant mariage du frère de l’ancien prisonnier avec une cousine, directe ou par alliance, des  lieutenants du château de Loches, Amélie de Baraudin.  De ce mariage naît Alfred de Vigny. Avant lui, trois enfants sont morts en bas âge. Son père a soixante  ans, sa mère quarante. Il est vraiment le dernier espoir de ce foyer crépusculaire. Et ce bébé survit, baptisé  secrètement par un prêtre « non jureur », puis confié à une nourrice au nom doublement prometteur, Angélique  Pitancier.